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Terrenoire : la tendresse comme révolution

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Terrenoire : la tendresse comme révolution

Il y a chez Terrenoire une manière unique d’habiter le monde. Quelque chose de charnel et de spirituel à la fois, d’ardent et de vulnérable. Depuis leurs débuts, les frères Théo et Raphaël Herrerias écrivent une musique qui parle du corps, de l’amour, de la foi, de la mort, mais surtout — de ce qui relie. Avec protégé.e, leur nouvel album, ils signent une œuvre dense et habitée, un cri d’humanité dans un monde saturé de peur et de vitesse. En quatorze pistes, ils composent une cartographie émotionnelle où la chair, la voix et la communauté deviennent les ultimes territoires à défendre. Portrait du duo.

Chez Terrenoire, la musique est une matière vivante. Depuis Les Forces Contraires, leur premier album paru en 2020, leur univers n’a cessé de s’enrichir, de se ramifier, de se politiser sans perdre sa ferveur poétique. On y entend des machines et des cordes, des prières électroniques, des battements humains. Rien n’est lisse, rien n’est figé. Les chansons respirent, se fissurent, tremblent. Elles rappellent que le vivant est fait d’irrégularités — que la beauté se loge dans la faille. Leur nouvel opus, protégé.e, porte bien son nom. Il parle d’abri, de soin, de lien. C’est une réponse tendre et radicale à l’ère de la crispation. Le mot « protéger » ne s’y entend pas comme un refuge solitaire, mais comme un geste collectif : protéger l’autre, le monde, le fragile. La musique devient un espace de résistance douce.

Tout, dans protégé.e, passe par le corps. Les voix s’y frôlent, se métamorphosent, s’élèvent. Les rythmes varient, les textures s’entrechoquent, les tempos s’étirent ou se brisent. On passe du souffle chaud de la chanson française à l’abstraction électronique, du groove organique à la suspension orchestrale. Les influences convoquées sont vastes — de Bashung à Prince, de Kendrick Lamar à Ravel — mais jamais décoratives. Chez Terrenoire, les références ne s’empilent pas : elles fusionnent. Leur musique est une traversée des corps et des siècles, un geste de continuité dans la dissonance.

Terrenoire, c’est d’abord un lieu. Le quartier ouvrier de Saint-Étienne, où les deux frères ont grandi, est resté leur point d’ancrage. En 2023, ils y ont organisé leur propre festival, renouant le dialogue avec les habitants et les racines d’un monde souvent oublié par la lumière. Ce lien au territoire n’a rien de nostalgique : il est politique. Il dit que l’art ne vaut rien s’il ne retourne pas là d’où il vient. Et parce que l’itinérance est devenue une forme de vitesse, ils ont choisi de ralentir. De penser la tournée autrement : non comme une succession de dates, mais comme une cartographie humaine, un voyage de rencontres, de gestes et de transmissions. « Découvrir un territoire » n’est plus un simple déplacement géographique, mais une manière de retisser du lien dans un pays fracturé.

Sur scène, Terrenoire ne se contente pas de jouer : ils incarnent. Chaque morceau devient une expérience sensorielle. Les voix s’enlacent, les corps vibrent, les lumières pulsent au rythme du souffle. « ton territoire », « un chien sur le port », « avancer » ou « le jour où tout s’est ouvert » sont autant de rituels d’émotion collective, où le public se sent à la fois témoin et participant. Terrenoire a cette rare capacité à faire de la musique un langage total : physique, poétique et spirituel. Avec protégé.e, Terrenoire ne livre pas seulement un album : ils posent un acte. Un manifeste d’artistes qui refusent la séparation entre le corps et le monde, entre la musique et la société. Ils rappellent que la tendresse peut être une arme, que la douceur peut être politique, que la chanson peut encore dire l’essentiel.

Terrenoire est de ces rares formations qui ne cherchent ni le confort ni le consensus. Leur œuvre est faite de contrastes, de fractures, d’élans. Elle nous parle d’un temps où aimer devient un geste de résistance, où créer, c’est protéger. Et dans le vacarme de notre époque, leur voix continue de nous traverser comme une prière électrique, humaine, et nécessaire.

Ça vient de sortir

 

Album protégé.e disponible — En tournée dans toute la France et au Trianon de Paris le 22 octobre 2025 (COMPLET). Réservations en points de vente habituels.

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