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Cyril Mokaiesh : un artiste qui ne cherche pas à plaire, mais à comprendre

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Cyril Mokaiesh : un artiste qui ne cherche pas à plaire, mais à comprendre

Dans la chanson française contemporaine, Cyril Mokaiesh occupe une position rare : celle d’un artiste qui ne cherche pas à plaire, mais à comprendre. Ni dans la pure tradition, ni dans l’expérimentation radicale, il avance en funambule sur une ligne de crête : entre le poème et le pamphlet, entre l’amour et la colère. Depuis quinze ans, il chante le monde comme un être intranquille, avec cette intensité vibrante qui fait de chaque disque une tentative de dire ce qui échappe. Portrait d’un écorché vif.

Ancien espoir du tennis devenu poète enragé, Cyril Mokaiesh a troqué les courts pour les cordes vocales sans jamais renoncer à la rigueur du geste. Chez lui, la ferveur se construit, la révolte se travaille. Dès Du rouge et des passions (2011), son premier album solo après avoir d’abord officié en groupe, il s’impose comme un chanteur à part : le rouge au cœur, la langue acérée, le regard brûlant sur une époque qui s’endort. Mais derrière la posture politique se cache un romantisme désarmé. Chez Cyril Mokaiesh, le combat n’exclut pas la tendresse — il en est la condition.

« Je fais de mieux en mieux un métier que j’aime de moins en moins. » La citation de Vincent Lindon qu’il glisse dans son nouveau titre « Regarder passer les trains » résume tout : une lucidité sans renoncement. Dans ce nouveau titre, prélude à son prochain album, Cyril Mokaiesh se met à nu, mi-parlé mi-chanté, sur un piano martial. La chanson sonne comme un autoportrait d’époque, un cri lucide au milieu du vacarme. Le chanteur y ausculte l’ère du trop-plein : plus de 120 000 morceaux publiés chaque jour sur les plateformes, des titres produits par des IA, des refrains formatés à la seconde près. Dans ce flux algorithmique, il interroge : que reste-t-il du geste humain ? De la lenteur ? De la main qui tremble ? Mokaiesh transforme cette question en matière musicale. Là où tant d’artistes cherchent à survivre dans le bruit, lui choisit de ralentir, de regarder passer les trains. La chanson devient un acte de résistance douce : un refus d’être interchangeable, une main tendue à tous ceux qui doutent mais continuent.

 

 

Depuis Clôture (2017), Cyril Mokaiesh a appris à conjuguer le choc et l’étreinte. Il a exploré mille visages : le retour aux racines dans Paris-Beyrouth (2020), l’échange avec ses pairs dans Dyade (2021), l’hommage à Georges Moustaki dans Le temps de vivre (2023). À chaque album, il change de décor, de ton, d’alliage sonore — mais sa voix demeure, reconnaissable entre toutes : cette vibration à la fois ferme et vacillante, qui dit l’humain dans ses contradictions. Cyril Mokaiesh chante l’époque comme un corps blessé : désillusions politiques, colères sociales, désirs qui s’éteignent, amitiés qui sauvent. Il parle aux outsiders et à ceux qui refusent les règles du jeu. Son verbe, nourri d’empathie et de lucidité, refuse la résignation. Là où d’autres crient, lui murmure avec une rage contenue ; là où d’autres ironisent, lui offre une émotion à vif, nue, sans cynisme.

Ça vient de sortir

Sa rencontre avec Anne Sylvestre fut fondatrice : « Écrire pour ne pas mourir », lui avait-elle dit. Cette phrase est devenue sa devise. Car Cyril Mokaiesh ne chante pas pour exister dans le flux — il chante pour exister contre le flux. Son art est une manière de tenir debout dans le désordre, de continuer à croire que la beauté peut encore être politique. Sur scène d’ailleurs, il choisit la sincérité comme seule mise en scène. On ressort de ses concerts sonné, ému, parfois bouleversé, comme après avoir croisé un homme qui aurait dit tout haut ce qu’on n’osait plus penser tout bas. Il y a chez lui un refus du spectaculaire, une modestie farouche : chanter est déjà assez héroïque.

Cyril Mokaiesh ne fait pas carrière, il trace une trajectoire. Une ligne fragile entre le désenchantement et l’espérance, entre la lucidité et le vertige. « Regarder passer les trains » n’est pas une chanson de renoncement, mais une déclaration de résistance. Elle parle d’un artiste qui, dans le vacarme généralisé, choisit la justesse. Et quand il termine sur un ironique « Bonne chance pour la suite », on comprend que ce n’est pas un adieu, mais une bénédiction : une manière de dire à ceux qui créent encore, qui doutent encore, qui aiment encore — tenez bon. La voix humaine, décidément, n’a pas dit son dernier mot.

 

Nouvel album Bonne chance pour la suite disponible — Cyril Mokaiesh sera en concert au Café de la Danse à Paris le 17 mars 2026. Réservations en points de vente habituels.
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  • Ouaouh… mais que cet article est beau, précis, magnifique, parfait. Tout est là. Tout ce que je ressens pour cet incroyable artiste qu’est Cyril Mokaiesh, toute la subtilité de son talent, de sa sensibilité, de son intelligence artistique est parfaitement mise en mot dans cet article. Bravo et merci à son auteur !!! Vous êtes très bon !

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