BANKS n’a jamais fait de compromis. Depuis ses débuts, l’artiste refuse la surenchère facile, préférant bâtir un univers dense, ténébreux, organique. Avec Off With Her Hand, son cinquième album studio, la chanteuse californienne confirme qu’elle ne joue pas dans le registre de la séduction commerciale, mais dans celui de la nécessité viscérale. Ce disque n’est pas qu’une suite : c’est une renaissance, une œuvre qui condense la chair et les os de sa trajectoire artistique.
BANKS s’est imposée en 2014 avec Goddess, un premier album électro-pop sensuel et brut, porté par des hymnes comme « Beggin for Thread ». Très vite, elle s’est distinguée de la vague pop aseptisée de l’époque par son refus de s’édulcorer : voix tour à tour fêlée ou rageuse, productions sombres, textes confessionnels. Là où beaucoup s’abandonnaient au formatage radio, elle s’enfonçait dans des textures trip-hop, R&B alternatif, flirtant avec le gothique sans jamais basculer dans la caricature. Chaque disque a ainsi dessiné une cartographie de son intériorité : The Altar (2016) plus frontal et incisif, III (2019) cathartique et expérimental, Serpentina (2022) plus aérien, comme une tentative d’ouverture après des années d’introspection suffocante. Mais si BANKS a toujours fasciné la critique et une base fidèle, elle n’a jamais trouvé la place qu’elle méritait dans le paysage mainstream. Peut-être parce qu’elle ne s’y est jamais vraiment pliée.
Le titre de son nouveau projet dit tout : Off with Her Hand n’est pas un simple projet, c’est une sentence. BANKS y tranche avec ce qui l’entravait, que ce soit une industrie musicale qui l’a longtemps reléguée aux marges, ou ses propres doutes qui se reflétaient dans des textes torturés. Ici, elle revendique un retour à la pulsation organique, une voix moins retouchée, plus brute, presque nue par moments. Musicalement, l’album est une plongée dans une hybridation qu’elle maîtrise désormais parfaitement : beats électroniques charnels, cordes subtilement incorporées, guitares minimales, et cette voix qui reste son arme fatale. Chaque morceau agit comme une incantation, un sort jeté : pas d’arrangements démonstratifs, mais une densité qui enserre l’auditeur. Ce n’est pas un album à tubes, c’est une œuvre à immersion.
BANKS ne se contente pas d’écrire et de chanter : elle conçoit son image comme une extension de sa musique. L’esthétique visuelle de Off With Her Hand prolonge le geste sonore : esthétique léchée, chorégraphies saccadées, physicalité qui insiste sur la vulnérabilité autant que sur la puissance. Elle ne joue pas la pop star, elle joue la performeuse habitée. C’est cette cohérence totale qui fait d’elle une artiste organique et pure : aucun artifice, aucune volonté de plaire à tout prix, mais la recherche d’une expression honnête et viscérale.
L’album Off With Her Hand surprend également par son ouverture aux collaborations — et quelles collaborations. Avec Doechii, figure montante du rap américain, BANKS ose le métissage pur sur « I Hate Your Ex-Girlfriend » : un morceau percussif, nerveux, où la sensualité vénéneuse de BANKS se frotte à l’énergie rap sans concession de Doechii. Le titre devient un duel, une mise en scène de deux féminités indomptables, niées par personne. Avec Yseult sur « Move », BANKS trouve un miroir. Les deux artistes partagent une même rage, une même quête d’indépendance face à une industrie qui les a souvent marginalisées. Le morceau, tout en intensité, devient une conversation de survivantes : leurs voix, différentes mais complémentaires, se superposent pour tisser un hymne à la vulnérabilité assumée et à la puissance d’exister malgré tout. Enfin, avec Sampha sur « Make It Up », une collaboration qui prend une tournure plus intérieure : la présence éthérée et la sensibilité pianistique de Sampha enveloppent la voix de BANKS, transformant le titre en un moment de grâce intime où la fragilité devient force. Sa tessiture émotive et ses arrangements organiques apportent une profondeur chaleureuse, faisant du duo l’un des points d’ancrage émotionnel du disque. Ces featurings ne sont pas des calculs marketing : ils participent du sens même du disque, qui est une affirmation d’indépendance et de sororité.
Avec Off With Her Hand, elle signe peut-être son disque le plus abouti depuis The Altar. Une œuvre sans concessions, qui rappelle que la véritable puissance d’un artiste n’est pas dans les chiffres de streaming, mais dans sa capacité à créer un univers indélébile. BANKS ne cherche pas l’approbation : elle impose son langage. Et alors que la pop contemporaine multiplie les avatars de clones formatés, BANKS conserve une singularité radicale. Elle ne sera jamais une superstar planétaire à la Dua Lipa ou une icône mainstream comme Billie Eilish — et ce n’est pas grave. Elle construit une discographie qui s’écoute comme un journal intime en clair-obscur, un espace où la douleur se transforme en art et où l’on danse malgré les fractures. Et ça, dans une industrie qui adore lisser et aplatir, cela relève de l’héroïsme.
Album Off With Her Head disponible — En concert à l’Élysée Montmartre de Paris le 21 octobre 2025. Réservations en points de vente habituels.
Guillotine
I Hate Your Ex-Girlfriend (feat. Doechii)
Love Is Unkind
Move (feat. Yseult)
Best Friends
Meddle In The Mold
Off With Her Head
Delulu
Stay
Direction
Make It Up (feat. Sampha)
River
