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Lilly Wood & The Prick : des retrouvailles à côté de leur promesse

Nuit Jour

Lilly Wood & The Prick : des retrouvailles à côté de leur promesse

Il y avait, samedi dernier, au Rocher de Palmer près de Bordeaux, cette attente dense, presque silencieuse, qui précède les retours que l’on a idéalisés. Cinq années sans scène, un nouvel album, Christina, venu rappeler avec une justesse rare que Lilly Wood & The Prick n’avait rien perdu de sa pertinence, bien au contraire. Sur disque, le duo semblait s’être réconcilié avec lui-même, apaisé les tensions à l’origine d’une séparation temporaire, pour en faire une matière artistique. Sur scène, on attendait la prolongation de ce sentiment. Ce ne sera pas tout à fait le cas.

Le décor donne le ton : une esthétique sombre, presque étouffée, où un rideau aux fragments de verre et deux plateformes recouvertes de draps blancs peinent à structurer un véritable espace scénique. Les artistes s’y déplacent peu, s’y installent souvent, comme si la scénographie, au lieu d’accompagner le propos, le retenait. Très vite, une sensation d’immobilité s’installe, renforcée par une mise en scène qui tourne en boucle, sans montée ni respiration.

Mais ce qui trouble réellement, c’est ce qui se joue entre eux. Nili Hadida et Benjamin Cotto semblent évoluer sur deux lignes parallèles qui ne se croisent presque jamais. Elle tente, régulièrement, de créer du lien : un regard, une adresse, une question lancée au détour d’un morceau. Lui reste en retrait, presque fermé, répond à peine, sans sourire, sans véritable présence. À un moment, elle lui demande simplement « Comment ça va Benjamin ? » ; la réponse, brève, distante, laisse flotter un silence étrange. Ce n’est plus seulement une absence de complicité : c’est une tension perceptible, persistante, qui finit par s’imposer au regard du public. Dès lors, l’écoute change. On ne se laisse plus porter totalement par la musique, on observe. On cherche des signes, des accroches, une étincelle qui ne vient pas. Et c’est sans doute là que le concert bascule : dans cette impossibilité à faire oublier ce qui se joue en coulisses.

Musicalement, la frustration s’ajoute à ce trouble diffus. Le concert, ramassé en à peine une heure quinze, donne une impression d’inachevé. Là où l’on attendait un déploiement du nouvel album, plusieurs excellents titres de Christina manquent, comme si le groupe n’osait pas encore pleinement défendre ce virage pourtant réussi. Sur ceux qui sont joués, le décalage est parfois sensible : certaines chansons sont abaissées d’un ton, perdant en tension ce qu’elles gagnaient sur disque en intensité. La voix de Nili Hadida, si maîtrisée et habitée sur l’album, laisse apparaître ici des fragilités, voir même quelques faussetés qui désarçonnent. Pourtant, tout n’est pas à rejeter. Lorsque résonnent « Down the Drain », « Shadows », « Hey It’s OK », ou encore « Prayer in C », quelque chose du lien originel refait surface. Ces morceaux rappellent la capacité du duo à créer une émotion immédiate, une mélancolie accessible, presque universelle. Mais même ces instants-là semblent contenus, comme empêchés de pleinement éclore dans un cadre trop contraint.

La soirée, il faut le dire, avait été mal engagée. La première partie assurée par Judy Bloom avait laissé la salle froide, désorientée, face à une proposition encore trop amateur, nonchalante, presque désinvolte. L’arrivée du duo devait relancer la dynamique. Elle n’en sera qu’un rattrapage partiel.

Ça vient de sortir

Et puis il y a cette fin abrupte. « Prayer in C » vient clore le concert comme une évidence, mais sans véritable montée, sans respiration finale. Un « Merci beaucoup » rapide, presque expédié, et les lumières se rallument. Pas de rappel digne de ce nom, pas de prolongement, comme si le concert s’arrêtait avant d’avoir atteint son point d’équilibre. Le public reste suspendu, légèrement décontenancé, avec cette sensation tenace d’être resté à la porte de quelque chose. C’est peut-être là que réside la plus grande déception. Christina portait en lui l’idée d’une réconciliation, d’une maturité nouvelle, d’un duo capable de transformer ses failles en force. Sur scène, ces failles réapparaissent, sans être transcendées. Elles restent visibles, presque envahissantes.

Ces retrouvailles avaient tout pour être un moment fort, nécessaire même. Elles laissent au contraire une impression d’inabouti, comme si le groupe n’avait pas encore trouvé la manière d’habiter pleinement ce qu’il est redevenu. Et c’est précisément parce que l’on sait de quoi Lilly Wood & The Prick est capable que cette déception résonne avec autant de force.

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