Rédacteur en chef
Il y a des artistes qui arrivent dans la lumière comme une déflagration. Jeanne Viard, elle, s’y glisse autrement. Par la fragilité assumée, par une émotion qu’elle ne cherche jamais à dompter. Révélée dans la saison 2025 de la Star Academy, elle n’a pas construit son histoire autour d’un personnage ou d’un récit spectaculaire : elle a simplement laissé paraître ce qu’elle est — une jeune femme hypersensible, parfois débordée, mais incroyablement droite dans sa relation à la musique. Et c’est peut-être cette absence de calcul qui explique le phénomène. Son premier single, « Respire fort », est devenu un succès viral alors même qu’elle vivait encore enfermée dans le château, ignorant l’ampleur de l’écho qu’il provoquait dehors. Portrait d’une hypersensible qui pourrait bien être la nouvelle révélation de la scène française.
Jeanne n’est pas arrivée à la Star Academy comme une page blanche. À 22 ans, originaire du Sud-Ouest, elle écrivait déjà depuis longtemps, composait, déposait ses titres à la SACEM, avançait avec une conscience presque juridique de son travail — héritage inattendu de ses études de droit. Cette rigueur tranche avec l’image que l’on se fait souvent des jeunes talents télévisés. Chez elle, la musique n’est pas née de l’émission : elle l’a précédée. « Respire fort » est sorti avant même son entrée au château, dans une relative discrétion. C’est la diffusion télévisée qui a déclenché une réaction en chaîne, propulsant la chanson dans les classements et dépassant rapidement le million d’écoutes, puis plusieurs millions (12 millions de streams à ce jour).
Ce qui frappe, pourtant, ce n’est pas seulement le succès chiffré. C’est la nature du morceau. Une ballade piano-voix construite autour d’un thème rare dans la chanson française : l’angoisse, les crises intérieures, le souffle court. Jeanne y parle de ce moment où l’on se sent étranger au monde, où l’on tente simplement de… respirer. Elle a expliqué avoir écrit la chanson dans une période difficile, pour traduire ses crises d’angoisse et permettre à d’autres de se sentir moins seuls. Et tout à coup, une chanson extrêmement intime devient un hymne collectif. Le public en connaît déjà les paroles lorsqu’elle l’interprète en direct au prime de novembre 2025 — une scène presque irréelle pour une artiste encore au début de son parcours.
Dans la Star Academy, Jeanne n’était pas la candidate la plus bruyante ni la plus démonstrative. On lui a parfois reproché de pleurer trop souvent, d’être trop émotive — elle en a parlé ensuite en évoquant son hypersensibilité, devenue presque un marqueur de son identité artistique. Cette vulnérabilité, loin d’être un frein, a fini par constituer sa force narrative. Elle chante comme on confie quelque chose qu’on n’a pas encore totalement compris soi-même. Et cette sincérité crée une forme de proximité rare à la télévision, où l’on attend généralement des performances plus lisses.
Son parcours dans l’émission n’a pas été linéaire. Éliminée après plusieurs semaines, elle quitte pourtant l’aventure avec une forme de sérénité, consciente que quelque chose s’est déjà produit dehors. À ce moment-là, « Respire fort » dépasse déjà les 6 millions d’écoutes, et la jeune chanteuse découvre l’ampleur réelle du phénomène presque en même temps que le public. Cette dissociation entre succès numérique et vécu intérieur raconte bien son rapport à la célébrité : elle avance un peu en décalage, comme si l’essentiel était ailleurs.
L’après Star Academy confirme cette intuition. Jeanne monte sur scène à l’Olympia en première partie, accompagne la tournée de l’émission, et voit son nom s’installer doucement dans le paysage. Plus récemment, elle a officialisé la signature avec un label majeur, signe que l’industrie musicale croit désormais à une trajectoire durable et pas seulement à un effet de télévision. Là encore, ce qui intrigue n’est pas la vitesse mais la cohérence : tout semble prolonger un même récit, celui d’une artiste qui écrit avant de se montrer.
Artistiquement, Jeanne incarne une génération qui remet l’émotion au centre sans passer par la sur-dramatisation. Sa voix n’est pas une voix de puissance, mais de texture ; elle ne cherche pas à impressionner, mais à traduire. On sent l’influence d’une écriture française introspective, presque diariste, où l’on préfère nommer le trouble plutôt que le masquer. Là où d’autres jeunes artistes construisent une image, elle semble encore chercher un langage — et cette recherche elle-même devient passionnante à observer.
Le vrai enjeu, maintenant, pour Jeanne Viard, tient dans la suite. « Respire fort » a posé une première pierre très personnelle ; la question sera de savoir comment élargir cet univers sans en perdre la sincérité brute. Si elle continue à écrire avec cette honnêteté désarmante, Jeanne Viard pourrait bien s’installer comme une figure singulière de la chanson française : une artiste qui ne transforme pas la fragilité en spectacle, mais en matière vivante. Une voix qui ne prétend pas tout comprendre, mais qui rappelle à chacun une chose simple : parfois, le plus courageux, est simplement de continuer à respirer fort.





