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« Deadbeat » de Tame Impala : l’éclat d’un solitaire en perte d’équilibre

Nuit Jour

« Deadbeat » de Tame Impala : l’éclat d’un solitaire en perte d’équilibre

Kevin Parker a toujours donné l’impression d’être en avance d’un monde. Il a longtemps incarné la promesse de la pop totale : un homme seul derrière un projet tentaculaire, capable de faire dialoguer John Lennon et Daft Punk, Pink Floyd et Dua Lipa. Mais à force de courir devant son époque, on finit parfois par s’y perdre. Avec Deadbeat, cinquième album de Tame Impala, Kevin Parker signe son disque le plus paradoxal : à la fois viscéralement libre et assez vide, vibrant et désincarné. Un projet où la transe tourne en rond, comme un stroboscope en panne.

Depuis quinze ans, Kevin Parker construit un mythe à contretemps. Celui d’un homme seul derrière un nom pluriel — Tame Impala —, reclus dans son studio australien, bricolant dans la solitude des albums qui ont redéfini la pop psychédélique du XXIᵉ siècle. De Innerspeaker (2010) à Currents (2015), il a tout fait : ressusciter les Beatles en version synthétique, injecter du R&B dans la brume psyché, propulser les guitares dans la transe électronique. Il a réconcilié le LSD et la pop radio. Et il l’a fait tout seul, en producteur total, en architecte sonore. Mais voilà : à force de vouloir tout contrôler, Kevin Parker s’est retrouvé prisonnier de sa propre excellence. Deadbeat, son cinquième album, sorti aujourd’hui, en est le symptôme éclatant — celui d’un génie qui doute, d’un perfectionniste fatigué qui tente de retrouver le vertige originel.

Kevin Parker vient de Perth, cette ville isolée d’Australie, coincée entre désert et océan. C’est là qu’il enregistre seul ses premières démos à 19 ans, avant de se faire repérer par Modular Recordings. Avec Innerspeaker, il impose dès 2010 un son hallucinogène, analogique, gorgé de fuzz et de rêve. Deux ans plus tard, Lonerism le consacre en prophète moderne de la solitude : derrière ses claviers, il transforme l’introspection en puissance pop. Mais c’est Currents qui le propulse dans une autre dimension. Porté par « Let It Happen » et « The Less I Know the Better », le disque devient culte — l’un des rares à avoir influencé aussi bien les rockeurs que les producteurs de hip-hop et d’électro. Le paradoxe Parker est né : un artisan du repli qui finit star des festivals, un romantique perfectionniste devenu icône mondiale.

Avec Deadbeat, Kevin Parker voulait un disque plus brut, plus instinctif. Un retour aux origines, disait-il — « danser la lassitude », « trouver la transe dans le vide ». En réalité, on entend autre chose : la fatigue d’un homme qu’on a trop entendu produire pour les autres — Dua Lipa, Travis Scott, The Weeknd, Lady Gaga. La signature Tame Impala est partout, parfois jusqu’à l’épuisement. Alors Kevin Parker s’est isolé à nouveau, dans sa “Wave House” au bord de l’océan Indien, pour composer lentement, sans label sur le dos. Les morceaux ont pris forme entre deux nuits blanches, deux doutes, deux retours de flamme.

Deadbeat est un disque suspendu. Les beats technoïdes de « End of Summer », les nappes éthérées dans « Ethereal Connection », la pop sucrée de « Piece of Heaven » : tout semble tourner autour d’un centre vide. Mais c’est peut-être volontaire. Kevin Parker ne cherche plus à séduire, ni même à s’expliquer. Il documente sa propre désorientation. « Loser » est une confession à peine voilée. « Dracula » — coécrit avec Sarah Aarons, et qui a tout d’un tube évident — évoque la célébrité comme un monstre qu’il faut nourrir sans cesse. Il y a du spleen dans la brillance, une forme d’élégance dans le décrochage. Et toujours cette même obsession : capter le temps qui fuit, le faire danser, avant qu’il ne s’évapore.

Alors, que reste-t-il du mirage Tame Impala ? Beaucoup, encore. Une science du son inégalée, une oreille d’orfèvre, une sensibilité pop rare. Mais aussi une fragilité nouvelle, touchante, presque libératrice. Deadbeat n’est pas un sommet — c’est une mue. Celle d’un artiste qui a déjà tout fait, tout prouvé, et qui accepte pour la première fois de ne plus maîtriser.

 

Ça vient de sortir

Au final, Kevin Parker n’est plus seulement le gourou psyché qui a fait danser le monde — il redevient un homme, un peu perdu, un peu libre. Et c’est peut-être là, dans ce déséquilibre magnifique, que renaît enfin Tame Impala.

 

Nouvel album Deadbeat maintenant disponible — Tame Impala sera en tournée mondiale en 2026 et notamment à la LDLC Arena de Lyon le 10 avril 2026 (COMPLET) et à l’Accor Arena de Paris le 3 mai 2026 (COMPLET).
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Pistes préférées

My Old Ways

Dracula

Loser

Obsolete

Afterthought

Laissées de côté

No Reply

Oblivion

Not My World

Piece Of Heaven

Ethereal Connection

See You On Monday (You're Lost)

End Of Summer

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